dimanche 22 novembre 2009

Pardon et Deuil

Cher Andrew,

Je t'en ai voulu de m'avoir lâchement abandonné alors que j'avais mal mais tu sais quoi ? Je te pardonne !

Je te pardonne, Andrew. Je te pardonne tout. Je sais que tu es une personne formidable. Je sais aussi que tu n'es pas toi quand tu es avec lui. Tu deviens son ombre, sa marionnette. Tu dis ce qu'il veut que tu dises, tu fais ce qu'il veut que tu fasses. Tu vas même jusqu'à dire et faire ce que tu penses qu'il voudrait que tu dises ou fasses.

Tu restes auprès de lui car il t'offre le confort d'une relation fusionnelle, un cocon dans lequel quoiqu'il advienne, il sera toujours le méchant et toi, la victime.

Mais peu importe, je ne te fais pas de remontrances. Je te pardonne, sincèrement. Je sais que tout n'est pas clair pour toi en ce moment. Je sais que tu es quelqu'un de bien mais qu'il t'est difficile d'être toi-même. Tu aurais été un ami formidable et tu le seras peut-être un jour mais pas maintenant. Mon seul regret est de t'avoir rencontré au mauvais moment.

Je ne sais pas si je vais continuer de tenir ce blog sur toi car je sens que je dois de mon côté passer (et surtout penser) à autre chose.

Je te souhaite tout le bonheur de monde.

Sylvain

jeudi 19 novembre 2009

Sa Victime, Mon Héros

Cher Andrew,

Il y a presque une semaine que je ne t'ai écrit. En vérité, je n'ai rien de plus à te dire.

Jason est de plus en plus cruel et méchant avec moi. Il sous-entend constamment des horreurs sur moi. Il est cinglé. C'est un fou, Andrew. Sincèrement, je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi fondamentalement mauvais.

J'ai parlé à mon gérant, aujourd'hui. Quand je lui ai dit à quel point Jason est manipulateur, il a éclaté de rire. "Ben oui ! Tu l'entends-tu parler aux clients ?", qu'il m'a répondu.

Je dois être complètement stupide de n'avoir vu clair dans son jeu plus tôt. Il flatte tout le monde, les clients, les collègues, il complimente sans cesse... Son jeu est tellement gros que tout le monde le voit venir ! Tout le monde sauf moi... Sauf toi, hein ? J'imagine qu'il t'a bien berné aussi, au début.

Depuis ce fameux soir-là, je n'arrête pas de me dire que tu es comme moi. On se ressemble sur tant de points. Si ça n'avait été toi, Jason aurait peut-être fait de moi sa victime...

Si j'avais connu Jason au moment où il était célibataire, peut-être me serais-je fait avoir. Peut-être que c'est moi qui aurais été sur le sol, étranglé par son bras puis par son pied, c'est peut-être moi qu'il aurait regardé avec fureur. C'est peut-être sur mon visage qu'il aurait craché...

Au fond, je dois t'être reconnaissant. Peut-être m'as-tu évité le pire...

dimanche 15 novembre 2009

Demain

Cher Andrew,

Bonne nouvelle, tu ne hantes plus mes pensées. Jason non plus, d'ailleurs. Bien sûr, je pense à toi à l'occasion mais je peux aisément passer un moment avec des amis sans m'en faire pour toi. Je vois ça comme une réussite personnelle. Ce qui est troublant c'est que justement, penser à toi quotidiennement aurait été un plaisir jusqu'à récemment.

Je pense que la plus belle chose que tu m'as dite, c'est la raison pour laquelle tu ne penseras jamais au suicide. J'ai toujours été fragile sur ce plan là. J'ai toujours flirté avec la mort, les pensées suicidaires n'étant jamais très loin de mon esprit. Pourtant, malgré toutes tes difficultés vécues jusqu'à aujourd'hui, tu n'as jamais pensé à t'enlever la vie. Tu te disais toujours ; "Ce sera un peu moins pire demain..."

C'est la raison pour laquelle je terminais chacune de mes lettres par la phrase positive ; "Ça ira un peu mieux demain." J'essaie de me convaincre que tu as raison et je l'avoue aujourd'hui, le temps arrange toujours les choses. Si je ne devais retenir qu'une seule chose de toute cette expérience, ce sera celle-là. Tu es un être lumineux, Andrew...

Mais je retiendrai également que je ne peux rien pour toi ni pour quiconque, d'ailleurs. Malgré que tous mes amis et ma famille me répétaient cette vérité, je ne voulais pas y croire. Je voulais être ton sauveur. Je voulais être ton héros. Et j'ai vraiment tout essayé. J'ai été gentil, j'ai été brusque, j'ai été compatissant, j'ai été réaliste. J'ai même tenté le chantage émotif, me disant que si tu as un coeur, tu ne pourrais me laisser souffrir de la sorte. Je n'ai rien inventé, je n'ai pas menti. Ma souffrance était bien réelle mais j'avoue avoir tenté d'utiliser cette douleur pour te faire changer de cap. Ce fût bien sûr une piètre ruse.

Je suis tombé sur le cul quand je t'ai entendu dire que Jason avait raison. Tu as dit de ta bouche que tu étais en parti responsable de sa violence. J'ai l'impression que si Jason te disait que le ciel est rouge, tu finirais par le voir écarlate. C'est un véritable lavage de cerveau et le pire, c'est que tu y consens.

Quoiqu'il en soit, je te souhaite le meilleur. Malgré tout, je pense à toi.

Sylvain

vendredi 13 novembre 2009

Pactiser avec le Diable

Cher Andrew,

J'aime ce blog. Je n'avais jamais vraiment fait l'expérience d'un blog mais finalement, c'est très thérapeutique. Je crache tout, je sors de moi ce que je ne peux contenir. Je m'adresse à toi en sachant que je peux tout te dire, tu ne liras sans doute jamais ces lignes. Ça aussi, ça fait un bien fou, de m'adresser à toi alors que tu ne m'entends pas.

Aujourd'hui, j'ai travaillé avec Jason, encore, et tu sais quoi ? On a passé une belle journée ensemble. On a même rigolé. Je sais, je me sens un peu traître d'agir ainsi avec une personne qui me dégoûte autant mais tant que le monstre reste caché, Jason est sympa et puis, j'aime mieux ça que perdre mon emploi ou me faire du mauvais sang toute la journée. Et puis, avant toute cette histoire, Jason était mon ami.

Je n'approuve pas ses crimes mais c'est bien plus facile de faire comme si rien n'était.

Hum ! Je viens de me rendre compte de cette dernière phrase que je viens d'écrire. J'imagine que c'est aussi ce que tu penses, hein ? C'est pour ça que tu restes avec lui. Tu l'aimes, tu ne veux pas laisser le "bon Jason", une rupture est toujours douloureuse et si on fait comme si, ça évite la séparation.

Je t'ai énormément apprécié, Andrew. Je me suis reconnu en toi. Je t'ai trouvé beau, aussi. Je t'ai désiré, même, je dois l'avouer. J'étais fier de te connaître. Et maintenant, tu me fuis, tu te caches de moi. Je n'arrive pas à croire qu'au final, c'est avec le monstre que je fais ami-ami...

jeudi 12 novembre 2009

La Vie en Melrose

Cher Andrew,

Je m'étais juré de passer une belle journée et... Elle fût magnifique ! J'ai ris, je me suis même bidonné moi qui, encore hier, croyais que je ne pourrais plus jamais sourire.

Comme tu le sais déjà, Melrose Place fût une série très importante pour moi. Alors que j'étais adolescent, que je n'avais aucun ami et que j'étais le souffre-douleur de ma classe, je me réfugiais dans cet univers où tout le monde est fort, beau, et où tout est possible. Je pense sincèrement que voir ma vie comme une série américaine, avec le détachement d'un simple personnage, m'a aidé à passer ce moment dur.

Depuis que Melrose a reprit du service avec cette nouvelle génération, je vous ai moi-même initié à cette série. Quand je me suis ouvert à toi, ce soir où j'ai été ton sauveur, ce soir où j'ai été ta Jo Reynolds, te défendant contre ton mari psychotique, je t'ai expliqué toute l'importance qu'avait pour moi une série qui, faut bien l'admettre, est tellement superficielle.

Aujourd'hui, je me suis laissé prendre au jeu. J'ai marché avec détermination jusqu'à mon lieu de travail alors qu'hier, je le fuyais. J'étais prêt à regarder Jason dans les yeux avant de lui lancer un "I'M BACK ! BETTER WATCH YOURS !". Ma journée a donc commencé en force.

À midi, comme tu l'as toujours fait, tu es venu chercher Jason pour manger avec lui MAIS, cette fois, tu es resté caché, à l'extérieur de la boutique, afin que je ne te voie pas. N'est-ce pas hilarant, Andrew ? C'est lui qui te frappe mais c'est de moi que tu te caches. Moi, ça me rend hilare !

Un collègue à moi qui connaît toute l'histoire, de la bouche même de Jason (le con qui a tout raconté à tout le monde en espérant qu'on ai pitié de lui), m'a dit que si tu te cachais ainsi, c'est parce que tu es honteux. Ce qui me fait dire que si tu es honteux, tu SAIS que ce que tu fais n'est pas bien. Si tu étais fier de tes actes, tu n'aurais pas honte Andrew...

Bref, ma journée de travail fût merveilleuse et ce, malgré la présence du monstre qui m'horripile. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises. À peine arrivé chez moi, je démarre mon ordinateur, je visite Facebook et qu'elle n'est pas mon étonnement de voir, dans les nouvelles du jour, que Jason est maintenant fiancé... Vous êtes donc de nouveau ensemble, alors ? Vous allez vous marier ? Comme c'est mignon ! Comptez sur moi pour vous envoyez des fleurs à votre mariage... Une jolie couronne funéraire...

Mais que serait un épisode de Melrose Place sans un bon cliffhanger ?

La présence de Jason me donne envie de vomir et depuis dimanche, je rêve de le faire renvoyer. Je n'ai rien tenté jusqu'à maintenant parce que je me disais que s'il perd son emploi, il sera sans revenu et donc, tu resteras auprès de lui pour le soutenir. Mais maintenant qu'il est clair que tu ne partiras pas, je n'ai aucune raison de m'en empêcher...

Vois-tu, notre patron à une dent contre Jason depuis le jour où cet imbécile l'a menacé d'appeler les normes du travail. Si je lui disais que Jason est si violent qu'il bat son petit copain, je me demande comment il réagira... Sans oublier que Jason battait ses ex-copines. La violence faite aux femmes ne fait jamais bonne figure... Bien sûr, il n'y a rien là qui justifie un congédiement... Mais si je lui racontais du coup que j'ai vu de mes yeux Jason commettre un vol à l'étalage ET qu'il a déjà été arrêté aux États-Unis pour ce même crime (information que tu m'as toi-même donné, je t'en suis très reconnaissant maintenant), je suis persuadé que ton fiancé ne fera pas long feu dans la compagnie...

Je suis une bonne personne... Mais il faut aussi savoir faire sa Ella...

Haaa ! C'est une putain de belle journée !

(et sur un fond noir apparaissent les mots : À SUIVRE...)

mercredi 11 novembre 2009

Confusion

Je déteste la violence mais il y a des moments où je voudrais te gifler. Pas pour te faire mal ni par haine mais juste pour que tu te réveilles. C'est paradoxal, hein ?

Par moment je t'aime, par moment je te déteste, par moment je t'adore, par moment je te trouve idiot.

Je m'ennui de l'ami que j'avais.

Je crie à l'injustice ou alors je me dis, résigné, que s'il devait t'arriver quelque chose, tu l'aurais bien cherché. Et dans ce cas, j'irai poser des fleurs sur ta tombe... SI elles ne sont pas trop chères et que je n'ai rien de mieux à faire ce jour-là.

Si je pense à l'être formidable que tu es, j'ai peur pour toi. Je penserai donc plutôt à l'ami qui m'a laissé tomber plusieurs fois et à l'idiot qui se place lui-même dans la gueule du lion.

Demain sera une fichue de belle journée car je l'ai amplement mérité et rien ne m'en privera.

Je suis une bonne personne.
Je suis une bonne personne.
Je suis une fichue de bonne personne.

Déception

Cher Andrew,

Nous nous sommes parlé au téléphone tout à l'heure parce que JE t'ai appelé. Nous étions censé nous voir lundi mais tu as préféré retourner dans les bras qui t'ont frappé. Nous étions censé nous voir hier mais tu as préféré me laisser sans nouvelles, me laisser imaginer le pire. Tu voulais me voir aujourd'hui mais quand j'ai fini par te joindre, tu as encore remis notre rencontre à demain. J'en ai marre.

Je sais parfaitement ce que tu fais, Andrew. Consciemment ou non, tu me repousses pour ne pas que je te fasse douter. Tu veux rester une victime, Andrew, car il s'agit d'un état confortable. Tu l'as toi-même admis. La plupart des gens croient qu'il faut être totalement idiot pour rester dans une relation violente mais ils ont tort. Toi et moi savons qu'il faut en fait du courage pour s'en sortir... Et manifestement, le courage te manque.

Certaines personnes s'en sont sortit sans rien ni personne. Nombre d'entre elles auraient rêvé d'avoir quelqu'un prêt à les aider, les supporter, les loger le temps qu'il faut. Malgré tout, certains ont cette chance et ne la saisissent pas.

Tu sais, dans les derniers jours, j'ai su que ma tante, victime de la bactérie mangeuse de chair, était plongée dans le coma depuis une semaine, j'ai aussi vu la scène la plus violente de mon existence et j'ai également passé une nuit entière à attendre quelqu'un qui n'est jamais venu et qui préférait ne me donner aucun signe de vie alors que je le croyais en danger. Aujourd'hui, après tout ce stress, j'ai complètement craqué. Je ne suis pas allé travailler tellement j'en étais physiquement malade. C'était à mon tour d'avoir besoin d'un ami... Et tu m'as fait faux bond.

Je suis égoïste, je le sais. Ce n'est pas parce qu'on rend service à quelqu'un qu'il nous doit quoique ce soit, je le sais aussi. Cependant, j'espérais... Personnellement, je serais incapable de laisser quelqu'un que je prétends être mon ami dans un tel état sans rien faire. Et encore moins si je sais que cet état est en parti causé par moi.

Depuis dimanche, tu n'as pas cessé de me répéter que je suis une bonne personne. Tu sais quoi ? Tu as raison ! Je suis une très bonne personne. Et je ne mérite pas de mettre mon travail ou ma santé en péril pour quelqu'un qui s'en fiche.

Le chevalier est passé mais la princesse a refusé de se réveiller. Il a remonté sur son cheval et il est reparti.

Parce que je suis une bonne personne et que je tiens mes promesses, tu le sais, ma porte te sera toujours ouverte si tu en a besoin et ce, peu importe si nos relations sont bonnes ou moins bonnes MAIS, je ne vais plus t'attendre, Andrew. Je ne vais plus t'appeler, je ne vais plus m'en faire. Si tu veux me voir, que tu sois dans le besoin ou pour déconner un bon coup, tu sais où me trouver.

Sylvain

PS: Ça ira franchement mieux demain !

Je suis faible

Cher Andrew,

Il est tard. Tu n'es pas venu. Tu ne m'as même pas appelé. Tu te souviens de ce jour où tu m'as appelé, angoissé parce que tu ne savais pas ce qu'était devenu Jason ? Pas un appel, pas un mot... Tu as dis toi-même que c'était de la torture. Comment crois-tu que je me sens, à l'instant ? Comment peux-tu consciemment me poser un lapin, ne pas même me passer un coup de fil alors que tu sais que je m'en fais pour toi ? J'ai passé la soirée entière à tourner en rond autour de mon téléphone dans l'attente de tes nouvelles. Le pire, c'est que je crois que je m'y attendais.

Je m'excuse, Andrew. Je t'ai dis que tu pouvais compter sur moi mais franchement, je ne crois pas avoir la force de poursuivre comme ça. Je suis faible, j'en suis désolé.

Quoi que tu me dises, Andrew, tu es toujours sous son contrôle. Tu dis ce qu'il veut que tu dises, tu fais ce qu'il veut que tu fasses. Tu ne peux même pas me parler sans qu'il nous observe, l'air sévère, les bras croisés, pour être certain que tu dises ce qu'il faut, pour être certain d'entendre ce que je te dis et ainsi, le défaire plus tard. Il te manipule, te lave le cerveau. On dirait que tu es dans une secte et ça me fait tellement mal.

J'espère que tu trouveras quelqu'un pour te supporter comme j'ai pu le faire ce soir-là. Moi, je suis confus, je doute pouvoir continuer comme ça. Quand tu seras libéré de son contrôle, je serai ravi de t'aider à te reconstruire une vie si tu as encore besoin de mon aide. En attendant, je ne peux rien pour toi.

Égoïstement, je dois penser à moi, à ma santé, à ma vie.

Malgré tout, tu sais que tu peux compter sur moi. J'ai beau être faible, tu comptes encore pour moi. Tu comptes tellement pour moi...

Prends soin de toi, Andrew.

Sylvain

PS: Ça ira un peu mieux demain...

mardi 10 novembre 2009

Working with the Enemy

Cher Andrew,

Il n'est que 15 heures et pourtant, je suis déjà à la maison. J'ai envie de vomir mais rien ne sort, je suis incapable de manger tant j'ai l'estomac noué. Je suis incapable de travailler correctement. Aujourd'hui, j'ai cumulé les erreurs et ma nervosité transparaît dans chacun de mes gestes. Mais le pire, c'est lui...

Jason est mon collègue de travail et j'adorais l'avoir avec moi. Il travaille bien, il est efficace et drôle. Tous les clients l'aiment bien, évidemment, il est charmant avec tout le monde. J'avais énormément d'estime pour lui jusqu'à ce qu'il perde son vernis et que je vois ce dont il est capable.

J'ai envie de hurler de rage chaque fois qu'il prétend que ce qui est arrivé est ta faute. Andrew, il est parfaitement conscient de ce qu'il fait. Je t'avais dit qu'il tenterait de m'éloigner de vous et il s'y prend à merveille. Il me rend malade. Si un client est désagréable, il grince un "Je le frapperais" entre ses dents. Il reste constamment à côté du téléphone pour être certain d'être celui qui répond au cas où tu appelles. Le pire, c'est qu'il a sans doute toujours agit comme ça, mais maintenant que je connais sa vraie nature, que le vernis s'est écaillé, je vois véritablement comment il est.

Ça fait deux jours que j'arrive en retard au boulot pour être certain de ne pas être seul avec lui.
Je ne sais jamais comment il va réagir en ma présence. Et maintenant, il se sert de mon histoire.

Je t'avais confié des choses, Andrew, lors de cette nuit où tout semblait être fini. Je t'ai raconté l'alcoolisme de mon père ainsi que sa violence envers ma mère. Je t'ai raconté notre séjour dans une maison d'hébergement pour femmes battues. J'ignore pourquoi tu lui a raconté ça mais maintenant, il me fait passer pour un fou qui confond une engueulade avec sa propre histoire. Mais tu sais quoi ? Les hommes violents ne cessent de répéter "Je ne suis pas comme mon père !" ou "Je ne suis pas comme ça !". Jason m'a même dit "Toi, ton père a fait de toi une victime. Mon père à moi, il m'a appris à me battre !" Mais non, Andrew. Son père ne lui a pas appris à SE battre, il lui a appris à battre. Et c'est une nuance qui fait toute la différence, crois-moi.

Je sais que tu veux qu'à la fin, tout le monde soit ami avec tout le monde mais il n'y a jamais de ruptures heureuses dans ce genre de situation. Et cohabiter avec lui, l'écouter, le laisser t'influencer, faire l'amour avec lui ne fait que te rapprocher de lui davantage. Tu te crois en sécurité parce que tu n'es plus son copain théoriquement mais mis à part ça, quelle est la différence entre maintenant et avant ? Il te contrôle encore, Andrew.

Je suis à l'envers. Je ne sais pas si j'irai travailler demain ou si je dois me chercher un autre emploi. Je ne peux pas continuer comme ça. J'aimerais rester et le faire chier à fond mais j'ai trop peur. Ce qui me dérange le plus, c'est qu'il aura d'une façon ou d'une autre réussi à m'éloigner de vous. Jason réussit tout ce qu'il entreprend, tu le sais mieux que quiconque.

Je remue cette merde en moi... Je crois que je vais faire du ménage pour me changer les idées. Après tout, c'est ce qu'on fait quand on attend quelqu'un.

En t'attendant, en t'espérant,

Sylvain

PS: Ça ira un peu mieux demain...

Nuit Blanche

Cher Andrew,

Je viens de créer un blog dans lequel j'ai affiché le message que je t'ai envoyé hier. J'espère que tu ne m'en voudras pas. Je veux t'aider, j'ignore comment faire. J'ai passé la nuit à me torturer l'esprit, à me demander ce que tu fais, comment tu vas. Tu dors avec l'ennemi, Andrew.

Je sais que Jason t'aime. Il t'aime sincèrement et quand il le dit, il est très honnête. Oui, tu lui feras de la peine quand tu partiras. Oui, ce sera difficile mais penses-tu que tu peux continuer à vivre dans la peur ?

Quand je suis venu chez vous, dimanche, tu m'as montré un trou dans un mur. Tu m'as raconté que Jason t'avait frappé la tête. Ce trou dans le mur, c'est ta tête, Andrew. Comment peux-tu passer devant ce trou quotidiennement et ne pas penser à ça ?

Tout à l'heure, tu m'as parlé au téléphone. Tu veux t'en sortir et j'espère que cette volonté sera assez grande cette fois. Tu m'as donné rendez-vous ce soir, chez moi. J'espère que tu tiendras parole mais si tu ne le fais pas, je comprendrai. Je sais que ce n'est pas évident pour toi, que tu es confus hésitant... Mais je pris pour que tu viennes...

Je ferai tout pour toi. Je t'hébergerai, te nourrirai, te trouverai un appartement, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu sois heureux.

Tu dis sans cesse que Jason est une bonne personne et tu as raison. Derrière Mister Hyde, il y a le gentil Docteur Jeckill. Si tu ne penses pas à toi, pense à lui. Crois-tu que c'est une bonne chose pour lui de continuer de te traiter de la sorte ? Est-ce qu'un alcoolique peut guérir en cohabitant avec sa cave à vin ? Jason a un problème et quand il l'aura réglé, il sera une personne formidable mais en attendant, il doit faire son cheminement et il ne peut le faire avec toi.

J'aimerais faire plus mais tous les centres d'aide, S.O.S Violence conjugale, l'aide aux victimes, l'aide aux conjoins, gai écoute... Ils m'ont tous dit que je ne peux rien faire si la décision ne vient pas de toi. Et cette impuissance me tue.

Tout ce que je peux faire, c'est attendre à ce soir que tu viennes chez moi et si tu ne viens pas, simplement attendre en te laissant ma porte ouverte.
Je t'apprécie tellement, Andrew et je ne suis pas le seul. Il y a un monde entier prêt à t'aimer et qui t'ouvre les bras. J'espère que le monde aura la chance de te connaître aussi bien que moi.

En t'attendant impatiemment,

Sylvain

PS: Ça ira un peu mieux demain...

Première Lettre

(message envoyé sur un compte Facebook)

Cher Andrew,

J'ai été égoïste, ce soir. J'ai pensé à ma souffrance, mon inquiétude, ma peur de te savoir en danger. Je ne voulais pas t'imposer mes craintes et mes sentiments. Je m'excuse pour ça.

Je veux simplement que tu saches que je suis ton ami. Et en tant qu'ami, je vais m'efforcer de respecter tes choix, même si je ne suis pas toujours d'accord avec ceux-ci. Tu mènes ta vie comme tu l'entends. Tu es le seul maître à bord. À partir d'aujourd'hui, je ne verrai plus le 8 novembre comme la nuit où j'ai vu un monstre s'en prendre à toi. Dans ma tête et mon coeur, le 8 novembre sera la nuit où j'ai découvert une personne formidable. Toi ! Notre conversation délicieusement interminable m'a fait un immense bien. Enfin, je rencontrais une personne en chair et en os qui pouvait me comprendre. Je t'en serai éternellement reconnaissant.

À partir de maintenant, je vais essayer de ne plus imaginer le pire pour toi, mais simplement me souvenir de la personne merveilleuse que tu es.

Tout à l'heure, j'ai entendu Jason te parler alors que nous étions au téléphone. Il a dit qu'il ne voulait plus être ami avec moi et nous savons tous les deux ce que cela veut dire. Je sais ce qui se passera demain et à l'avenir. Il va faire en sorte que je ne te vois plus car je suis un "témoin gênant". Il t'isolera comme il l'a fait avec ta famille et tes amis. Je ne regrette pas de tout avoir essayé, je regrette seulement ne pas avoir la force de lui tenir tête.

Je ne peux rien faire de plus et cette impuissance me tue mais je devrai vivre avec. Je ne peux pas aider quelqu'un qui ne VEUX pas être aidé. Encore une fois, je ne te juge pas, j'essaie tant bien que mal de respecter tes choix. Saches seulement qu'il y a une chose que ni Jason ni toi-même ne pouvez faire; m'empêcher de t'aimer.

Je t'aime sincèrement, Andrew. J'ai un profond respect pour tout ce que tu es. Je suis grandement fier de t'avoir rencontrer et même si je ne devais plus jamais te revoir, je penserai toujours à toi comme l'ami que j'ai.

Je te l'ai promis et je tiens mes promesses. Ma porte et mon coeur te seront toujours ouverts. TOUJOURS !

J'ignore si Jason a tes mots de passe aussi, peut-être ne liras-tu jamais ces lignes mais si tu le fais, j'aimerais que tu me le fasses savoir de vive voix (au téléphone, par exemple). Tu n'as pas à répondre à ce message, simplement me dire que tu l'as reçu. Si tu réponds par écrit, j'aurai toujours un doute que la réponse n'est pas de ta main. (je suis parano, remember ?) ;)

Bref, peu importent tes choix, je te souhaite le bonheur que tu mérites.

Je t'aime sincèrement, profondément,

Sylvain

PS: Ça ira un peu mieux demain...